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août 24

François HOLLANDE astrologue de la croissance

French President Francois Hollande answers questions during the annual television interview on Bastille Day at the Elysee Palace in Paris on July 14, 2015. AFP PHOTO / POOL/ ALAIN JOCARD

Les prévisions économiques du président se sont presque toujours révélées fantaisistes. Et les dernières en date ne semblent pas plus étayées.

Par PIERRE-ANTOINE DELHOMMAIS

ON accuse souvent François Hollande d’être ondoyant et changeant, capable par exemple hier de déclarer la guerre à la finance ennemie et de tout faire aujourd’hui pour attirer en France les affreux traders de la city. Il aura pourtant fait preuve, d’un bout à l’autre de son quinquennat, dans ses prévisions de croissance, d’une remarquable constance dans l’erreur. Erreur fatale et péché d’optimisme originel qui l’ont en permanence conduit à sous-estimer les difficultés économiques du pays et à prendre des mesures totalement sous-dimensionnées pour les surmonter.

Ceux qui avaient voté pour M.Hollande préfèrent sans doute ne plus s’en souvenir, mais le programme économique de son quinquennat reposait sur des hypothèses certes réjouissantes, mais surtout hautement fantaisistes de progression du PIB. Celui-ci devait d’abord s’accroître mollement de 0,5% en 2012, plombé, cela va de soi, par l’héritage Sarkozy. Puis la croissance, dopée par le charisme du nouveau chef de l’Etat et l’efficacité de sa politique économique, devait s’élever à 1,7% en 2013, avant de solidement  s’installer entre 2% et 2,5% entre 2014 et 2017. Au lieu de quoi, elle a été limitée à 0,2% en 2012, 0,6% en 2013 et 2014, 1,3% en 2015 doute 1,5% en 2016. Jamais les objectifs initialement fixés n’auront été atteints ni même approchés.

Il y a quelques jours, fidèle à lui-même, M.Hollande a fait miroiter un taux de croissance de 1,7% en France pour 2017, seuil à partir duquel il a promis une baisse d’impôts de 2 milliards d’euros. Au vu des sondages et de la faible probabilité que ce soit de l’Elysée qu’il puisse en vérifier la justesse, cette nouvelle prévision du chef de l’Etat est certes effectuée à titre anecdotique, pour ne pas dire posthume. Elle n’en témoigne pas moins de son optimisme économique indécrottable  qui a fait le lit de son impopularité et fini par exaspérer des français plus en phase que lui avec une économie réelle faite, depuis quatre ans, de hausse du chômage et de matraquage fiscal.

Elle ne tient aucun compte des nuages sombres qui s’accumulent dangereusement à l’horizon. Tout le monde prend peu à peu conscience des dégâts que provoquera le Brexit, à commencer par ses partisans qui prétendaient le contraire. Le FMI vient de calculer qu’il coûtera 0,25 point de croissance à la France l’année prochaine, laquelle atteindrait tout juste1,5%. Et d’autres révisions à la baisse pourraient  suivre  si sa sortie de l’Union européenne se traduit pour le Royaume-Uni par son entrée dans une récession profonde sur fond de crise immobilière et de débâcle monétaire, boursière et bancaire.

A cela il convient d’ajouter l’impact des attentats terroristes, le chaos politique en Turquie, la fragilité de plus en plus inquiétante des banques italiennes, la poursuite attendue du ralentissement de l’économie chinoise, le retour programmé de la récession au Japon, l’essoufflement prévu de la croissance aux Etats-Unis, ou encore le risque élevé qu’éclatent ici où là les nombreuses b ulles spéculatives dont le laxisme des politiques monétaires a favorisé la formation. Sans oublier surtout une possible remontée conjuguée des taux d’intérêt, des prix du pétrole et de l’euro. Bref, 2017 devrait voir la fin de ce fameux « alignement des planètes » qui avait donné l’illusion, mais l’illusion seulement, que l’économie française allait mieux.

Scénario catastrophe. Le contexte politique national n’incite pas non plus à faire preuve du même optimisme que M.Hollande pour la croissance en 2017. Les périodes préélectorales ne sont jamais favorables à l’activité économique, les ménages, les entreprises et les investisseurs préférant prudemment patienter pour savoir de quoi demain sera fait et à quelle sauce fiscale ils seront mangés. Surtout  celle qui se présente, compte tenu de la « recomposition-décomposition » du paysage politique qui augmente le degré d’incertitude, l’ennemie héréditaire du PIB. Sans même parler du scénario catastrophe, évoqué par certains observateurs politiques chevronnés, qui verrait s’affronter au second tour de l’élection présidentielle Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, le très beau score attendu des frontistes de droite et de gauche va donner aux investisseurs du monde entier l’image d’une France profondément malade, aussi hyper allergique aux réformes qu’à la mondialisation. Ce qui n’est pas de nature à y attirer en masse les capitaux internationaux dont le pays a pourtant besoin, ne serait-ce que pour financer son énorme dette.

La période postélectorale ne s’annonce en vérité guère plus propice à la croissance. C’est avec une bonne dose de scepticisme qu’il faut considérer la belle assurance des candidats de la droite qui affirment que, s’ils sont élus, forts de leur légitimité démocratique, ils pourront faire adopter en quelques mois ou pas de charge les grandes réformes qu’ils promettent. Lorsqu’on voit l’immense bazar provoqué par l’adoption d’une loi de Travail  pourtant vidée de toute substance et de toute ambition réformiste, lorsqu’on constate le fort pouvoir de mobilisation et de nuissance que conservent la VGT et FO, on a beaucoup de mal à imaginer que la cure de libéralisme annoncée, avec la suppression des 35heures, le report de l’âge de la retraite, la hausse de la TVA ou encore la fin des régimes spéciaux, puisse passer comme une lettre à la poste. Et ne pas déclencher des grèves géantes paralysant durablement les transports et toute l’activité économique. Ce n’est pas en marchant à pied que la France a des chances de retrouver le chemin de la croissance.

Le futur gouvernement, qu’on espère plus responsable que l’actuel, devra aussi s’efforcer de remettre au plus vite de l’ordre dans les finances publiques et tailler à la serpe dans des dépenses que MM.Hollande et Valls, pour des raisons petitement électoralistes, ont choisi de laisser filer. S’ils font preuve d’une honnêteté à laquelle ils ne nous ont pas habitués, les candidats à la primaire de droite devront expliquer aux Français que ces coupes budgétaires, si nécessaires soient-elles, auront un impact négatif, au moins à court terme, sur la croissance. C’est d’ailleurs d’abord peut-être en fonction de ce critère qu’il faudra déterminer son vote afin de ne pas renouveler l’erreur collective commise en 2012. Choisir un candidat qui ne raconte pas, comme l’avait fait M.Hollande, de calembredaines à ce sujet, qui ne permette pas le retour rapide d’une croissance forte s’il est élu. Celui dont les prévisions de hausse du PIB seront les plus modestes méritera le plus notre confiance.

Le point 22/09/21 Juillet 2016