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juin 22

Ambassadeurs de France: Carrières chaotiques à Madagascar

Les diplomates français de haut niveau y réfléchiront à deux fois avant d’accepter le poste d’ambassadeur de France à Antananarivo.

Souvent, en effet, le séjour dans l’île est brutalement écourté et rares sont ceux qui arrivent à boucler les trois ans réglementaires. Le cas actuel de François Goldblatt est un exemple du mandat brusquement abrégé, événement qui aura des retombées négatives sur le reste de la carrière.

L’aspiration du diplomate pourtant est de mener sa carrière de façon linéaire et sans à-coups. Mais en raison certainement des crises cycliques qui agitent l’île, les ambassadeurs de France sont pris dans la tourmente et voient leurs carrières sombrer dans les tourbillons de la vie politique malgache. Les diplomates français regardent donc Madagascar avec une profonde méfiance, et s’attachent à éloigner leurs barques de ces parages dangereux…

Depuis la crise de 2002, le premier ambassadeur de France, qui a vu ses rêves de grandeur se fracasser sur les récifs de l’île, est Alain Le Roy (2005-2007), sortant de l’Ecole des Mines qui fut auparavant administrateur de l’Onu au Kosovo. L’homme poussait pourtant le zèle jusqu’à assister aux messes auxquelles le chef d’Etat Marc Ravalomanana l’invitait. Brutalement disgracié, il a quitté l’île en juillet 2007 et n’y est revenu qu’en décembre, pour faire les traditionnels adieux.

Après lui, il y eut le Breton Gildas Le Lidec (2008-2008), fort d’un poste précédent d’ambassadeur de France à Tokyo. L’homme était plutôt mal vu dès avant son arrivée, notamment car a été en poste dans des pays qui ont sombré dans l’anarchie (RDC Congo, Côte d’Ivoire…). Selon certains, il a trempé dans ces situations chaotiques. Selon d’autres, il traînait le « mauvais œil » partout où il se rendait. L’année même de son arrivée dans l’île, il fut remercié, et a exhalé publiquement son amertume, lors de la cérémonie du 14 juillet 2008 en sa résidence d’Ivandry.

Le seul qui a échappé à la fatalité est Jean-Marc Châtaigner (2009-2012), auparavant directeur de cabinet d’Alain Joyandet, secrétaire d’Etat à la Coopération. Peut-être dans la foulée de la bonne action faite par la France lors de la crise de 2009. En effet, le futur chef de la transition, Andry Rajoelina, pourchassé, ne trouva son salut qu’en s’abritant à la Résidence de France.

Puis le mauvais destin des ambassadeurs de France refit surface avec Jean-Christophe Belliard (2012-2012), auparavant ambassadeur en Ethiopie. On chuchote que son départ précipité avait un lien avec l’avènement des socialistes et de François Hollande en France, mais rien n’est sûr à ce sujet.

François Goldblatt (2013-2015) termine provisoirement la liste. Son cas est le plus médiatisé, et on n’ignore rien du cheminement qui allait le mener à sa « perte ». L’homme, en effet, a exprimé ouvertement son opinion sur l’affaire du limogeage du directeur du Trésor Public, et eut droit à des réprimandes officielles pour « ingérence ». Le rapport adressé par la ministre des Affaires étrangères malgache à son homologue français est certainement à l’origine de l’infortune de François Goldblatt. D’autant qu’à Paris, on craint que l’homme ne récidive sur l’actuel épisode de la requête en déchéance.

Se souvenant certainement de la bonne impression faite par Catherine Boivineau (2002-2005) sur les autorités malgaches après la difficile crise de 2002, le Quai d’Orsay veut rééditer cette expérience pour mettre un terme à la série malheureuse.

Pour cette raison, le prochain ambassadeur de France sera  Véronique Vouland-Aneini, auparavant directeur adjoint pour l’Afrique au Quai d’Orsay. Peut-être car malgré les crises, les femmes savent huiler les relations en y mettant de la douceur, de l’humanité et même de la grâce.

A.R.